Le travail Maçonnique

1 - Présentation

   Présenter la Franc-Maçonnerie au Grand Orient de France (G.O.D.F.)., et le travail qu'on y fait, est difficile, parce que, comme toute organisation humaine, elle évolue sans cesse et interagit nécessairement avec les structures sociales et les idées de son temps.

   C'est une organisation, avec tout ce que cela sous-tend de niveaux décisionnels, de problèmes de gestion, de conflits de pouvoirs ou de divergences d'action, inhérents à toute organisation humaine, à toute dynamique relationnelle humaine.
Elle a, par définition, des buts qui font sa raison d'être, mais également un passé, histoire de la confrontation de ses élans avec les contingences fluctuantes du temps.
C'est pourquoi dégager les grandes lignes de son histoire n'est pas chose toujours facile, et qu'il y a pour cela des historiens spécialisés. Par contre il est plus facile de s'intéresser à ses buts qui ressortent comme des constantes.

2 - Les buts

... l'article premier de la Constitution...

   Dans un premier temps, la façon la plus simple de présenter les but de la Franc-Maçonnerie du G.O.D.F. est finalement de donner connaissance des principes capitaux de l'Ordre tels que les décrit de façon dépouillée et si belle l'article 1er de notre Constitution.

   "La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l'étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l'amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l'Humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité."

... institution philanthropique, philosophique et progressive...

   Institution philanthropique : elle aime l'homme. Elle est tournée vers les activités humaines. Elle cherche à favoriser les échanges entre les hommes. L'humain est sa recherche première.
Institution philosophique : elle aime la Sagesse. Elle cherche à prendre du recul par rapport aux événements, à comprendre les choses. Il y a une réflexion, un chemin de conscience, une intériorisation.
Institution progressive : elle n'a pas pour but la défense de l'ordre établi, quel qu'il soit. Elle est ouverte aux idées nouvelles. Tout reste toujours à faire.
Ce sont donc les 3 points qui fondent son cheminement, à la fois intellectuel et concret.
D'un côté, elle recherche et étudie, de l'autre elle pratique, dans un équilibre indissoluble.
Structure spéculative, elle s'essaye à des définitions de valeurs morales, maniant les mots pour affûter des idées, cherchant des références intellectuelles pour étayer des démonstrations, analysant des situations pour dégager des lois. Mais elle n'en garde pas moins les pieds sur terre en affirmant de façon prioritaire l'importance de développer la qualité d'un lien agissant et concret entre les hommes.
Penser, oui, mais pour que cela serve à améliorer la relation entre les hommes !

... amélioration matérielle et morale, perfectionnement intellectuel et social...

   La Maçonnerie n'est donc pas une tour d'ivoire où l'homme viendrait chercher exclusivement pour lui-même la réponse à une question ultime dont pourrait dépendre son salut individuel.
Toute recherche n'a de sens en Maçonnerie que parce qu'elle est reliée aux autres.
C'est en ce sens "qu'elle travaille à l'amélioration matérielle et morale, au perfection-nement intellectuel et social de l'humanité".
Elle a donc pour vocation d'agir concrètement après réflexion, sur la société en général.

... tolérance, respect des autres et de soi-même, liberté absolue de conscience...

   D'emblée elle définit les principes de cette action : Tolérance mutuelle, respect des autres et de soi-même, liberté absolue de conscience.
De par son essence, la Franc-Maçonnerie exhorte au respect de la spécificité de penser et d'agir que l'on trouve en tout être. Elle travaille à ce que chaque être puisse aller au bout de sa pensée et de son agir, mais en aucune façon, elle ne peut intervenir sur le fond de sa pensée.
Si elle affirme la nécessité d'une morale, code de conduite envers les autres hommes, elle a fait résolument le choix au G.O.D.F. de la séparer de toute croyance, qu'elle soit méta-physique, philosophique ou politique, en un mot : de tout dogme.
On voit là, de façon définitivement claire, que la Franc-Maçonnerie n'est pas un parti politique, n'est pas un syndicat et ne doit pas constituer en tant que tel un groupe de pression idéologique. Toute autre perception à cet égard ne peut être qu'une déviance par rapport à l'esprit de sa Constitution.
De même, la Franc-Maçonnerie ne peut pas être considérée comme une église, encore moins comme une secte, et si dogme il doit y avoir, il n'est que dans le respect absolu et viscéral de la différence entre les êtres, et dans l'idée que cette différence est source d'enrichissement pour chacun.

... une école de formation humaine...

   Le chemin maçonnique est une école de formation humaine, en aucune façon un but en soi. C'est avant tout une aventure individuelle de l'esprit et l'affirmation permanente d'un doute constructif, d'une remise en cause permanente de ses idées.
La devise du G.O.D.F, même si elle est récente, scelle bien cette dynamique de recherche axée sur l'ouverture aux autres :
LIBERTE et EGALITE sont des termes difficiles à définir, source d'affrontement et de haine dans ce monde extérieur que nous disons profane, ouvrant des abîmes de réflexion, de doute et de relativisation, mais la FRATERNITE est une notion finalement beaucoup plus absolue parce que relative, c'est-à-dire tirant son existence de la réalité de relations humaines à toujours réinventer.
La raison d'être majeure de la Franc-Maçonnerie est peut-être dans sa capacité à tisser ce lien qui a pour nom Fraternité, d'abord à l'intérieur d'elle-même, puis le plus possible à l'extérieur. La Franc-Maçonnerie est donc une méthode pour atteindre ce but.

3 - Les moyens

... le choix des hommes...

   La première question qu'on peut se poser est de savoir si la méthode maçonnique est accessible à tous.
 La réponse est négative, dans le fond comme dans la forme, ce qui pourra en choquer certains.
Dans le fond, il est certain que ne peuvent tirer parti de la méthode maçonnique que des hommes qui ont véritablement le sens du travail en commun. Au risque de se répéter il faut réaffirmer que le chemin maçonnique est d'abord et avant tout un chemin d'ouverture aux autres.
Dans la forme, la Franc-Maçonnerie est en effet une société "élitiste", c'est à dire qu'on y entre par cooptation, que l'on est choisi par ceux qui en font déjà partie, même si les critères de sélection ne sont pas les critères habituels du monde extérieur.
Ce sont avant tout des critères moraux de sincérité et de probité, de respect des autres. Il est demandé essentiellement au candidat des qualités de bonté, de justice, de dignité, de dé-vouement, de courage, d'être exempt d'orgueil et d'ambition, d'être affranchi de tout préjugé et de toute ser-vitude, de posséder le sens du Devoir, du Droit et de la Vérité.
Ce que nos Rituels résument sous le terme "d'aspiration à la lumière".
Ces critères sont fondamentalement nécessaires, car il y a grand danger dans une société d'hommes qui aspirent à être justes de laisser entrer des individus manipulateurs et intéressés. Cette vigilance, essentielle pour la survie de son idéal, est malheureusement parfois prise en défaut.

... la Franc-Maçonnerie est une société initiatique...

   Ces critères moraux ne sont cependant pas tout à fait suffisants.
Il faut en effet rappeler ici avec force que la Franc-Maçonnerie reste avant tout, sinon exclusivement, une société initiatique dans tous les sens du terme, c'est à dire qu'elle a pour vocation de révéler (à des hommes jugés dignes et capables) des connaissances ou des pratiques concernant les hommes, les sociétés ou l'existence.
Dans l'antiquité, toutes les initiations comportaient des épreuves qui avaient pour but de s'assurer du courage physique et psychologique du récipiendaire. Nos cérémonies actuelles ont bien sur perdu tout caractère dangereux, mais peut-être qu'une certaine forme de courage est encore nécessaire pour affronter certains dangers propres au cheminement initiatique.
Car nos traditions nous rappellent toujours que demander à être admis Francs-Maçons, c'est, je cite, « demander à être admis aux épreuves ».

... ce qu'est le processus initiatique...

   Il y a lieu cependant de bien préciser en quoi consiste ce processus initiatique maçonnique pour le différencier avec certitude de pratique venant du monde antique ou des cultures traditionnelles d'autres continents.
Dans son essence, cette initiation maçonnique a pour but de faire prendre conscience à l'individu de ce qu'il est, en lui-même et dans sa relation avec le monde, étant entendu que c'est dans cette prise de conscience que réside l'accès véritable à la liberté des pensées et des actes.
En cela elle respecte et sert l'adage de la sagesse grecque : "Connais-toi toi-même, tu connaîtras la Nature et les Dieux", même si les explications que l'on peut avancer pour expliciter le cheminement psychologique qui mène à la liberté intérieure font, de nos jours, plus appel aux concepts de la psychologie contemporaine qu'aux termes des langages ésotériques.
De tout temps, ce qui fait obstacle à cette libération, c'est la difficulté qu'à le mental à se remettre en cause, à relativiser ses motivations, son histoire personnelle, son conditionnement et l'idée qu'il se fait de lui-même. Alors que c'est le plus souvent de lui que proviennent nos décisions, et donc nos actes et leurs conséquences.
Ce processus évolutif de clarification de nos chemins intérieurs est forcément à un moment ou à un autre douloureux. C'est pourquoi toutes les initiations comportent des "épreuves", et qu'il est demandé au postulant d'avoir "une âme forte".
C'est ce qu'ont toujours voulu affirmer avec force toutes les structures initiatiques du passé, en des termes qu'il faut, bien sur, remettre dans le contexte des époques, qu'il s'agisse de combats avec des entités, de "Gardien du Seuil", ou de cette mise en garde solennelle à la porte de tous les Temples de l'antiquité : "Si la curiosité t'a amené ici, va-t-en !"
L'initiation maçonnique a une méthode qui lui est propre, héritée du passé, pour permettre cette évolution intérieure, totalement personnelle à chacun, au plus intime de lui-même : c'est le travail en Loge, travail qui affirme le caractère véritablement ésotérique de l'initiation maçonnique, dans une évolution très lente mais pourtant perceptible au fil du temps par le Maçon et son entourage.
Une de ses caractéristiques principales est dans le rôle essentiel mais non exclusif qu'elle accorde au symbolisme pour atteindre ce but.
Cette transformation réelle des êtres est difficile à exprimer avec les mots ordinaires, parce que l'expérience intime qui en résulte ne peut être comprise que par celui qui a vécu le même processus intérieur.

... ce que n'est pas l'initiation maçonnique...

   Ce chemin initiatique est donc bien la révélation à nous-mêmes de réalités agissantes en nous que seuls peuvent comprendre des êtres qui ont fait le même chemin. En ce sens on peut admettre que ce chemin revêt un caractère "ésotérique", c'est à dire restant caché et incompréhensible aux "non-initiés".
Il ne faut pourtant en aucune façon assimiler cet "ésotérisme" à l'occultisme, cet ensemble de doctrines et de pratiques issues du passé. En Maçonnerie, il n'y a strictement aucune référence cohérente et structurée à un quelconque corps de doctrine, même si la Maçonnerie a pu s'approprier tel ou tel symbole au cours de son histoire.
C'est d'ailleurs une des caractéristiques majeures au G.O.D.F., et un choix philosophique délibéré, de ne faire référence dans les travaux à aucun livre, sinon celui de la Constitution et du Règlement intérieur.

... la finalité de l'initiation maçonnique...

  L'initiation maçonnique n'est en aucune façon une fin en soi. Elle donne au Maçon une ouverture toujours plus grande au monde par la connaissance et la maîtrise de lui-même. Elle lui permet de juger mieux et d'agir plus efficacement sur la réalité qu'il rencontre, de façon autonome et responsable.

... la cérémonie initiatique en elle-même...

   Alors, par rapport à ce lent chemin de transformation qui s'inscrit dans toute une vie, à quoi peut bien servir la cérémonie initiatique d'entrée, cette cérémonie d'un midi ou d'un soir ?
Ce qu'il faut dire d'emblée, c'est qu'en elle-même elle ne donne rien. Il n'y a pas de transmission d'un pouvoir quelconque. Il n'y a pas non plus d'irruption brutale dans le psychisme d'un état de conscience modifié au monde, tel qu'on peut le voir dans les sociétés traditionnelles africaines ou amérindiennes. La Maçonnerie laisse le psychisme aller son chemin, dans un mouvement de conscience totalement personnel.
L'expérience montre que le souvenir de cette cérémonie se grave dans l'être jusqu'à la fin de ses jours, mais elle n'en reste pas moins seulement qu'une cérémonie, au sens symbolique certes extrêmement fort, mais le véritable travail d'initiation reste à faire.

... la méthode de travail...

   Alors que demande la Franc-Maçonnerie pour servir sa finalité ? Paradoxalement, elle ne demande pas grand chose, mais elle le demande expressément.
D'abord de venir en loge. Ensuite de continuer au dehors ce qui se fait dedans. Venir à nos réunions est un engagement ; c'est obligatoire pour être Franc-Maçon.

... la tenue maçonnique...

   Car dans une tenue maçonnique, il se passe quelque chose de très particulier dans la relation entre les hommes, quelque chose de très concret, quelque chose non pas de spéculatif, dans les idées, mais quasiment d'opératif, dans la façon d'agir et de se comporter.
Et cette dynamique relationnelle n'existe que tant que ces hommes sont en tenue. Quand ils n'y sont plus, la qualité du lien n'est plus tout à fait la même.
Et cela ne tient pas à l'espace en lui-même, comme pour certains lieux de culte consacrés par des cérémonies magiques ou situés sur des points telluriques, par exemple, ce qui leur donne des caractères spécifiques. Cela tient à la qualité d'une relation que ces hommes tissent entre eux.
Un atelier Maçonnique n'est donc pas une église, mais c'est cependant un lieu de spiritualité où l'individu dépasse ses limites par un travail de groupe, une dynamique de groupe.
Cette dynamique de groupe a pour support 3 piliers incontournables qui assurent son fonctionnement : Le rituel, la symbolique, la hiérarchie.

... le Rituel, premier pilier de cette dynamique...

   A tout moment, tout ce qui se passe dans l'atelier obéit à un rituel, différent suivant les circonstances : travaux ordinaires, admission de profane, tenue funèbre, réception de dignitaire, etc... A chaque fois, il y a une procédure à suivre, des gestes à faire, des phrases à prononcer, pour accomplir toute tâche.
Ce rituel permet la structuration de l'espace et du temps de nos travaux, en ce sens qu'il donne un rythme, une respiration à cette vie communautaire.
Il ne peut pas y avoir de Maçonnerie s'il n'y a pas de rituel, s'il n'y a pas de respect strict de ce rituel, car c'est lui qui assure la réussite de l’œuvre, peut-être bien parce qu'il entraîne, de fait, la structuration de la pensée du Maçon.

... le Symbolisme, deuxième pilier de cette dynamique...

   Le symbolisme, quant à lui, c'est un mode de pensée, une façon d'approcher le réel, de le décrire, par un chemin de conscience qui n'utilise pas uniquement la voie rationnelle et la pensée analytique. Le symbolisme, c'est une vision synthétique du monde, une façon de jeter des ponts entre les objets qu'une pensée conceptuelle opposerait.
C'est une forme de langage dont le sens n'est pas univoque, à la différence des systèmes de mots : à partir d'un support matériel concret (tel qu'un triangle ou une équerre) il y a toute sorte d'interprétations possibles (autant que de psychismes) qui, mises ensembles, laissent pourtant émerger une autre impression de la réalité.
Toutes les sociétés traditionnelles sont, ou ont été, symbolistes. Cette lecture symbolique de l'univers est pourtant devenue difficile à pratiquer à notre époque, très marquée par une vision éclatée du réel, mais c'est pourtant la seule façon de dégager un sens caché aux choses qu'une lecture discriminatoire ignorerait.
Le symbolisme permet d'exprimer ce qui ne se dit pas avec des mots, car il y a peut-être des choses qui ne disent pas avec des mots.
En Maçonnerie, le symbolisme prend plutôt comme support les outils du Bâtisseur, mais ceux-ci ne sont pas exclusifs. Tout peut-être symbole. Néanmoins cette orientation symbolique ancre réellement la Maçonnerie dans une dynamique d'action sue le réel.
Ce mode de fonctionnement est fondamentalement anti-dogmatique, car il ne peut pas exister de réponse-type. Par ailleurs il permet à des individus d'horizons intellectuels différents d'échanger. Il constitue donc un excellent terrain d'entraînement à la tolérance.
Disons enfin que dans l'approche symbolique de l'univers on retrouve un processus de connaissance qui s'apparente plutôt à l'intuitif, au sens poétique...

... la hiérarchie, troisième pilier de cette dynamique...

   Enfin, la hiérarchie ; en Maçonnerie, personne ne fait n'importe quoi, n'importe quand, n'importe comment.
Dans un atelier maçonnique, il y a des Frères qui ont des fonctions particulières, qui remplissent des offices. Ils sont élus démocratiquement chaque année.
Pendant les travaux, un office, vu du côté de l'officier, c'est avant tout une responsabilité et un dévouement. Vu du côté des autres Frères, c'est une reconnaissance et un respect déférent.
Et puis il y a des grades qui correspondent à des niveaux de perception différents de la réalité Maçonnique. Ils confèrent des droits différents aux frères, mais les devoirs sont les mêmes.
La caractéristique majeure du grade d'apprenti, la plus évidente, est de ne pas avoir la parole. Le silence imposé est porteur d'un sens, d'un sens symbolique.
Enfin, pour ce qui est de la Parole, on ne peut la prendre que si on a le grade qui l'autorise, que si on la demande d'une certaine façon, et que si on nous la donne.
Quand un Frère a la parole, personne ne peut l'interrompre. Aucun dialogue direct entre deux Frères n'est possible.
 Toute intervention doit être adressée au "Vénérable Maître" (qui est le nom du premier Officier de la Loge). En un mot, "la Parole circule".
Ce mode de gestion des prises de parole est également un point fort de la méthode maçonnique.
Mais il est également important de rappeler qu'au-dedans de la loge, l'égalité de tous les frères est cependant totale car il s'agit d'une discipline librement consentie, d'une codification des droits et des devoirs de chacun. Cette égalité existe donc réellement pendant les travaux, et à plus forte raison quand ils sont finis. Ceci est fondamental.
Voilà donc décrite succinctement, cette dynamique de fonctionnement tout à fait unique. Et l'expérience montre que ça marche.

4 - La recherche du sens

... la relativité des travaux proprement dits...

  La question des sujets traités est finalement un peu secondaire. La Maçonnerie n'est certainement pas là pour imposer des idées mais pour orienter, pour induire un comportement de l'individu par rapport à une communauté, ce qui aide alors cet individu à se rendre libre et créatif par rapport aux idées, et donc à en avoir, et donc à s'intéresser au monde.

Le but premier est de rassembler des bonnes volontés pour œuvrer avec une cohésion qui ne résulte pas d'un endoctrinement, d'un embrigadement, mais d'une discipline collective très précise qui, tout en resserrant les liens communautaires, fait chaque homme plus libre, plus indépendant, plus autonome. Cette cohésion n'est possible que parce que chacun s'impose des devoirs.

... l'importance donnée au travail...

   Enfin, un dernier point spécifique à la Maçonnerie est la prérogative que celle-ci donne au travail.
L'important ce n'est pas que le travail soit intellectuel ou manuel. L'important c'est le fait d'agir, dans une action qui engage celui qui agit ; action unitaire de l'être, pour faire que le physique ( l'action en elle-même ) et le psychique ( la pensée qui gère l'action ) marchent ensemble, pour faire que tout acte concret soit acte de conscience, soit acte de relation entre l'homme et le monde, pour pouvoir s’insérer naturellement dans cette dynamique collective qui est celle de la loge avant d'être celle du monde.

... le sens de l'initiation...

   Le jour de l'initiation, des Franc-Maçons reconnaissent un autre homme comme étant digne d'être Franc-Maçon, tout simplement parce qu'ils pensent qu'il est capable d’œuvrer dans le sens de la Franc-Maçonnerie, c'est à dire qu'il pourra l'enrichir par sa présence et qu'elle pourra l'aider dans sa recherche personnelle.
Entrer dans une Loge Maçonnique, c'est entrer dans un groupe humain qui, après réflexion, a jugé la demande recevable, parce qu'elle croit l'individu capable de tirer parti de son enseignement pour lui-même comme pour l'humanité, et qui, alors, peut lui accorder un cadeau extraordinaire qui s'appelle la confiance.
La confiance est probablement un des plus beau présent que l'on puisse offrir à un être humain.

... le sens du Secret...

   "Voilà beaucoup d'explications pour arriver à peu de choses" penseront certains. Et pourtant, au delà du poids de l'histoire, au delà des querelles d'obédiences et des esprits de chapelle, au delà des remous créés par des engagements sociaux, au delà de tous les fantasmes suscités par ces divergences ou ces engagements, le fil directeur de la démarche maçonnique, sa raison d'être, sa justification, n'est peut-être que dans cette capacité à créer un lien fort entre les hommes.
Or ce lien n'est possible que parce que les hommes partagent au plus profond d'eux-mêmes une expérience de la vie difficile à exprimer avec les mots, et que seul peut comprendre celui qui a fait le même chemin. C'est d'abord là qu'il faut placer l'idée du Secret.
Alors, dira-t-on, si c'est si simple, pourquoi ne pas le dire à tout le monde ?
Parce que ça ne ce dit pas, ça se vit, et que cette dynamique intérieure à l'œuvre dans cette relation entre l'individu et le groupe tient d'un mode de perception et d'expression qui n'est pas celui du mental et des mots.
C'est pour cela que toutes les indiscrétions et divulgations du passé ou à venir n'auront jamais ce secret là car il est bien gardé dans le cœur de chaque frère qui cherche la lumière. Ce secret entre en existence grâce à la règle de fonctionnement de l'atelier qui, bien respectée, ouvre à la fraternité.
C'est la création de cet espace de fraternité si particulier qui fait buter la conscience humaine sur ses propres limites, par cette confrontation si particulière au groupe. En un mot elle ouvre à une dimension sacrée, incompréhensible à la raison, elle ouvre à une religion sans croyance (du latin religare : relier), religion infiniment respectable, et qui nous pousse sans cesse à en rechercher l'essence.

   Sacré et Secret ont la même racine. Quant à l'essence, on peut l'appeler "Grand Architecte de l'Univers" si on souhaite. Ce n'est pas un dieu, c'est une asymptote.
Et comme toute transformation personnelle est spécifique par définition, et donc non racontable, y compris souvent par celui à qui ça arrive, et comme, de toute façon, cela ne se raconte pas avec des mots, que dire de plus ?
Un adage dit: "Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas".
Un autre adage dit : "L'Initiation se transmet, elle ne se communique pas". Là encore, échec des mots. L'Initiation, c'est peut-être beaucoup plus dans un agir que dans une pensée, C'est une relation au monde plus qu'une discussion sur le monde.