Historique

Une première Loge au début du XVIIIe siècle

Un document conservé aux Archives du Grand Orient, sans date mais estimé de 1776/1777, atteste d'une première société maçonnique à Soissons : " les FF.'. amis ".
Le document précise : "Il s'y forma au commencement de ce siècle une société maçonnique [...], elle n'est pas fort nombreuse puisqu'on y compte qu'environ 25 FF.'. dont plusieurs ne fréquentent pas, comme on le sait très pertinemment, mais elle est fort bien composée, on le reconnaît avec plaisir..."
Cette Loge demande des constitutions à la G.'.L.'.D.'.F.'. en 1772, qui lui sont accordées, puis, le 11 juin 1776, elle demande au G.'.O.'. de nouvelles constitutions, afin de régulariser ses travaux.
Regroupant une partie des élites de la ville, elle s'appuyait essentiellement sur les professions libérales, le Clergé et l'appareil d'Etat (Soissons étant le siège de l'Intendance et de la Généralité).

Puis une seconde...

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Le document cité plus haut établissant qu'une seconde Loge pouvait être constituée à Soissons (malgré l'opposition des FF.'. de la Loge " les FF.'. amis "), 13 FF.'. se réunissent, à Paris et à Soissons, en 1777, sous les auspices de la Loge " Saint-Julien " à l'Orient de Paris, afin d'obtenir la création d'une nouvelle Loge à Soissons sous le signe distinctif " Saint-Julien de l'Aurore ".

Cette Loge en voie de constitution regroupait les marchands et négociants de la ville, fort puissants au plan économique, mais peu titrés, d'où le refus

des " FF.'. Amis " considérant qu'ils étaient d'une "appartenance sociale insuffisante".

Malgré ces allégations, ce sont des gens de grande probité et honnêteté. En attestes des certificats de leurs qualités civiles et de leurs vie et moeurs donnés par le Maire, le Lieutenant du Roy, le Lieutenant général de police et le premier Président du Présidial de Soissons.
Enfin, les constitutions de " Saint-Julien de l'Aurore " sont registrées le 19 décembre 1779, et les deux Loges se réconcilient.

Une période de forte activité...

Les FF.'. de " Saint-Julien de l'Aurore " seront jusqu'à 61, parmi lesquels :

- le Procureur du bailliage et siège présidial à Soissons
 - le Contrôleur du grenier à sel
 - un avocat en Parlement
 - un Contrôleur du Roi élu en l'élection
 - un avocat au bailliage
 - un brigadier des gardes du Roi
 - un marchand plombier
 - un directeur maître d'école de dessin
 - un peintre doreur
 - un marchand de blé...

Ils inaugureront leur nouveau temple le 9 novembre 1787 et parraineront la création de la Loge " La Vraye Espérance " à l'Orient de Château-Thierry en 1783.
Pour sa part, la Loge " Les FF.'. Amis " comptera jusqu'à 85 membres.
L'éventail de recrutement se diversifie et si l'aristocratie nobiliaire est faiblement représentée, il est supposé que certains de ses membres préfèrent s'affilier auprès des Loges de la capitale.

Puis une période de sommeil

La Révolution opère une cassure radicale : certains Franc-Maçons ralliant les partisans des réformes, les autres restant fidèles à l'Ancien Régime.
" les FF.'. amis ", eux, se mettent en sommeil, le 26 juillet 1792, le V.'.F.'. Président trouvant que les circonstances ne sont pas favorables aux travaux Maçonniques.
Nous perdons leur trace à tous et la Franc-Maçonnerie Soissonnaise semble avoir cessé d'exister.

Un premier renouveau...

Il faut attendre 1813 pour retrouver trace de la maçonnerie à Soissons. Ce sont " Les FF.'. Amis " qui se rassemblent de nouveau. Ils demandent le renouvellement des constitutions.
L'époque étant troublée, nous n'en saurons pas plus.
Pas plus que nous ne saurons ce qu'il advint d'une demande de création de Loge en 1844.
Pour que la maçonnerie revive à Soissons, il faudra attendre le 21 janvier 1884, date de la constitution d'une Loge provisoire, au rite français, sous le titre distinctif de " Patrie et Humanité ".
La répartition géographique des FF.'. fondateurs indique que la création est la bienvenue.
Elle est constituée de 24 membres (20 Maîtres et 4 Apprentis) émanant des Loges :

" Le Mont Laonnois " à l'Orient de Laon
 " Jean de La Fontaine " à l'orient de Château-Thierry
 " Justice et vérité " à l'Orient de Saint-Quentin
 " La Sincérité " à l'orient de Reims
 " L'Etoile de l'Espérance " à l'Orient de Beauvais
 " Bienfaisance et Progrès " à l'Orient de Boulogne-sur-Seine
 " Démocratie Maçonnique " à l'Orient de Pantin
 " Le Travail "
 " L'Emancipation "
 " La Clémente Amitié Cosmopolite "
 " L'Union des Peuples "
 " Les Vrais Experts ", toutes ces dernières à l'Orient de Paris.

Le Temple était situé au hameau de Saint-Paul-les-Soissons, dans un bâtiment de construction fin XVIIe propriété du F.'. Mouton, adjoint au maire de Soissons. Les tenues avaient lieu les dimanches après-midi.
Les premiers pas seront laborieux. L'époque n'étant pas aux compromis, des caractères entiers se heurteront.
Outre les querelles qui sont à cent lieues de l'idéal maçonnique, les travaux ne flirteront pas avec le symbolisme ni la recherche.
" Patrie et Humanité " n'existera que pour la défense de la République laïque, sans état d'âme.
Les FF.'. de la Loge confondront parfois, souvent même, maçonnerie et politique.
De ce point de vue, la Loge est influente. En 1889, son V.'. M.'. est Paul Doumer, futur Président de la République. Plus tard, elle aura dans ses rangs Georges Monnet, ministre, ainsi que des députés.
La Loge profite de son influence pour obtenir des interventions. Quand on s'aperçut que des personnes avaient eu à patir de ce fait, les Soissonnais bougèrent. La situation était scabreuse. Beaucoup de FF.'. n'étaient pas très fiers. La F.'. M.'. à Soissons avait oublié sa finalité et était devenue une simple coterie politique parmi d'autres.
Heureusement, il existe une justice maçonnique naturelle. Le 1er février 1911, la Loge est mise en sommeil par le Conseil de l'Ordre.

Un premier " Phare Soissonnais " dans les tempêtes

La flamme a vacillé mais une lueur persiste. Un mois plus tard, sept FF.'. se réunissent et décident de rallumer les feux de la Loge qui s'appellera " Le Phare Soissonnais ".
Pourquoi un phare ? Un des FF.'. fondateurs était Maire-adjoint de Haïphong et membre de la Loge " L'Etoile du Tonkin ". Il voyageait souvent par bateau et avait donné pouvoir au F.'. Thierry qui proposa ce nom. L'idée était lumineuse.

Le temple sera le même que précédemment, c'est-à-dire un local appartenant au F.'. Mouton, négociant en vins et futur V.'.M.'.. Les cotisations furent fixées à 25 F, sauf pour les instituteurs adjoints et les sous-officiers pour qui elle sera de 18 F.
Le réveil de l'atelier eu lieu le dimanche 30 avril 1911 sous la présidence du Très Illustre F.'. Vadecard, secrétaire-général du G.'.O.'.D.'.F.'..
La vie de la Loge sera semble-t'il paisible, à l'abri des turbulences profanes. Son recrutement sera ecclectique et son rayonnement important. La correspondance montre que les FF.'. qui ont réveillé l'atelier ont le sens de la fraternité. Ils n'oublient pas leur obligation : " je promets d'aimer mes FF.'. et de mettre en pratique en toutes circonstances la grande loi de solidarité humaine qui est la doctrine morale de la Franc-Maçonnerie ". Les interventions qui seront faites désormais seront des demandes d'aide, par exemple pour une veuve de FF.'. ou pour aider matériellement des FF.'. espagnols.

 

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Vient la première tempête. Le 19 février 1915, le F.'. Thierry, secrétaire, écrit : "la bataille de Crouy, Saint-Paul que nous avons perdue par suite de la débâcle, des ponts qui furent enlevés par l'inondation, permit aux allemands de se rapprocher de Soissons, de bombarder et d'incendier la ville derechef, la position étant intenable, j'ai dû mettre ma famille à l'abri du danger. Le 15 janvier dernier, tout moyen de locomotion faisant défaut, nous avons placé ce que nous avons de plus précieux sur une brouette et nous sommes partis abandonnant une seconde fois notre cher foyer."
Le même jour, il écrit au FF.'. Vadecard, secrétaire-général : "comme nous n'avons pu nous réunir depuis la tenue de juillet dernier, il n'a pas été procédé au renouvellement des officiers de l'atelier pour 1915. Veuillez me faire connaître si je dois vous envoyer le tableau annuel qui doit être fourni pour le 1er mars. Il ne sera pas exact, attendu que nous avons des FF.'. de l'atelier qui sont morts dit-on, sans que nous puissions en avoir les certitude."
Le F.'. Thierry, membre fondateur du "Phare Soissonnais" avait au plus haut point le sens de la Fraternité, de l'intérêt de la Loge et de l'Ordre.
Le dernier document écrit que nous possédons est un avis qui annonce, en date du 13 juillet 1935, le décès du F.'. Thierry dans sa 85e année et dans la plénitude de ses convictions philosophiques.
La Loge fonctionnera jusqu'en mai 1940. Les FF.'. de l'époque se dispersèrent. Nous n'avons pas réussi à retrouver le dernier état nous permettant de suivre le chemin parcouru par les uns et les autres. Les archives ont disparu.

" Le Phare Soissonnais "

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C'est après que deux ou trois FF.'. d'Orients différents aient bataillé pendant plusieurs années que la Franc-Maçonnerie a pu revivre à Soissons, 50 ans plus tard, sous le même signe distinctif : " Le Phare Soissonnais ".

 

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L'allumage des feux de la nouvelle Loge a lieu le 22 février 1990, en présence de 300 FF.'. et SS.'. d'Obédiences différentes, tandis que la Loge elle-même compte 11 Maîtres et 2 Compagnons.
" Le Phare Soissonnais " compte actuellement une cinquantaine de membres, et son temple accueille plus de 120 Francs-Maçons de différentes Obédiences.

D'après un travail de documentation réalisé par deux FF.'. fondateurs du " Phare Soissonnais ".